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Les rois bourguignons



Dernière mise à jour
le 18/11/2019

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Introduction

Cette page concerne principalement l'influence de la dominiation bourguignonne sur le département de l'Ain.

Conquête du département de l'Ain par les Bourguignons

Les Bourguignons profitèrent, au commencement du siècle de l’ère chrétienne, de l’état de faiblesse et d’anarchie dans lequel l’empire romain était tombé. Le dernier jour de l’an 408, Gaudisèle ou Gundioch, leur roi, entra dans les Gaules à la tête de 80,000 combattants, traînant après eux le reste de leur nation. Stilicho, beau-père de l’empereur Honorius, l’avait secrètement engagé à tenter cette conquête. Des écrivains ont attribué cette invasion aux Alains, aux Vandales et aux Suèves, et n’ont placé l’invasion des Bourguignons qu’en 413.

En l’an 411 ou 413, ce même Gaudisèle, roi des Bourguignons, s’empara de la partie des Gaules comprise entre le Rhône, les Alpes et la Méditerranée. La Savoie et le département de l’Ain firent partie de ce royaume, dont plus tard la Bourgogne et la Franche-Comté augmentèrent l’étendue. Gaudisèle, que M. Weiss appelle Gundicaire, établit sa résidence principale à Genève. Les Bourguignons étaient une peuplade gauloise expulsée des Gaules par les événements de la guerre. On a conjecturé que l’évêché qui, dès les premiers ans de la propagation de la religion chrétienne dans les Gaulles fut fondé à Yenne ou à Nyon dans le pays de Vaud, avait été transporté à Belley avant l’an 412 Vers l’an 420, Patrice Constance, général de l’empereur Honorius, fît avec les barbares un traité par lequel il leur cédait les deux tiers des terres des provinces qu’il avait conquises, plus un tiers des serfs ou esclaves. Les rois bourguignons n’exécutèrent pas à la rigueur ce traité qui ruinait les habitants des pays conquis. Ils se contentèrent, dans quelques endroits, d’exiger un droit d’bospitalité. Les Romains et les Gaulois (car les deux peuples n’étaient pas encore complètement mêlés) furent obligé d’entretenir et de loger un certain nombre de ces conquérants, qui furent appelés hôtes de ceux aux dépents desquels ils vivaient. Chorier, ayant lu dans les anciennes lois bourguignones que le mot faraman y signifiait homme libre, a conjecturé que les habitants du bourg de ce nom, près de la côte Saint André (département de l’Isère), eurent le bonheur de ne pas partager leurs terres avec les Bourguignons. Si cette conjecture est fondée, elle peut être appliquée à un village du même nom, situé dans le canton de Meximieux.

Reprise de terre par les romains

n 434, le général romain Aëtius chassa les Bourguignons d’une partie de leurs conquêtes. Gaudisèle, leur roi, fut tué en 436, non loin du Rhin, dans une bataille contre Attila.

Installation des bourguignons à Vienne

Gundicaire ou Gundioch, son fils ainé, revint ensuite avec ses Bourguignons dans les Gaules. Il reprit les pays conquis par son père, y ajouta la Bourgogne, et fit de la ville de Vienne en Dauphiné la capitale de son empire. Gundicaire avait deux frères, Gundioch et Chilpéric. Saint-Julien de Balleure, de Veyle et les auteurs de l’Art de vérifier les dates, ont remarqué la différence qui exista entre l’invasion des Bourguignons et celle des autres peuples du Nord qui ravagèrent l’empire romain. Ceux-ci ne cessaient leurs irruptions que pour piller. Les Bourguignons allèrent dans les provinces orientales des Gaules avec l’intention de s’y établir. Les Gaulois, conquis par eux, les reçurent comme des défenseurs contre les autres barbares.

Légitimation des conquêtes bourguignonnes par les romains

L’empereur Valentinien et le général Aêtius ne pouvant expulser les Bourguignons, finirent par légitimer leurs conquêtes, en supposant que cette prise de possession avait été faite au nom de l’empire et de l’empereur, et en donnant des titres et des dignités romaines à leurs chefs. Des historiens, cités par de Veyle, ont dit que les Bourguignons étaient des peuples tranquilles qui aimaient les métiers de charpentier et de taillandier. Un auteur contemporain (Sidonius Apollinaris) dit de ces conquérants : « Ils étaient d’une grande taille, portaient des longs cheveux qu’ils graissaient avec du beurre ; leur méprit était aussi impoli que leur extérieur était grossier ; hes et sans cœur dans les travaux et les guerres de longue durée; guerriers dans les chocs imprévus et dans les combas de peu de durée ; moins à craindre par leur valeur que par leur nombre qui faisait leur force ; aussi fiers et superbes e gourmands ; grands causeurs ; désagréables par leur langage dur ; insupportables quand ils chantaient ; ils faisaient leurs délices de l’ail et de l’oignon. Ce portrait fait par un des vaincus n’est pas flatté. Un bourguignon lettré aurait pu faire une réponse piquante à ces injures. J’ai été frappé de ces mots : « moins à craindre par leur valeur que par leur nombre. » Ce dernier mot est un indice de la dépopulation occasionnée par la mauvaise administration de l’empire romain. J’ai transcrit ce passage de Sidonius Apollinaris, parce que ce peuple qui conquit alors le département s’y établit et que ses descendants font probablement une partie de la population de notre pays. Il ne serait pas difficile de reconnaître dans les noms de quelques familles une origine de cette époque. L’auteur que je viens de citer ajoute que lorsque les Bourguignons se furent convertis à la religion chrétienne, leurs mœurs s’adoucirent beaucoup. Mézerai raconte très brièvement l’histoire des Bourguignons, page 204, du tome I" de son histoire de France. Il dit : « Les Bourguignons habitaient un canton de la Germanie. Ils occupaient les palatinats de Posnanie, Cujavie et Moldavie, près des Huns, leurs ennemis, qui leur firent beaucoup de mal. Les Bourguignons se mirent sous la protection du Dieu des chrétiens, se convertirent et résistèrent avec plus de courage aux Huns. Les Romains avaient donné aux Bourguignons la Germanique première à garder contre d’autres Barbares; en 435, ils s’emparèrent de la Belgique première ; Aëtius, général romain, battît Gundicaire chef des Bourguignons, le soumit ; celui-ci se révolta peu après Aëtius laissa les Huns faire, en 436, la guerre à Gundicaire qui fut tué avec 20,000 des siens. Sept ans après Aëtius transporta les restes de ces peuples dans les montagnes de la Savoie et aux environs de Genève, où ils repululèrent si bien, qu’en moins de vingt ans ils se firent nouveaux rois, mais d’une autre race que les premiers et un autre royaume. »

Alliances contre Attila

Gundicaire, roi d’une partie des pays conquis par les Bourguignons, réunit en 451 ses guerriers aux armées des Romains, des Francs et des Visigoths. La terreur qu’inspirait Attila, roi des Huns, avait été la cause de cette alliance entre ces peuples, trop faibles chacun pour s’opposer aux ravages de ce Barbare. Ils lui livrèrent bataille dans la plaine entre Châlons-sur-Marne et Troyes. Il périt 180,000 hommes dans cette bataille; Attila fut vaincu. M. Weiss affirme que Gundicaire y fut tué : les rédacteurs de l’Art de vérifier les dates le font vivre jusqu’en 476. Un auteur moderne (M. Dufay, Résumé de l’Histoire de Bourgogne, page 20), dit : « Attila, affaibli, mais non pas abattu par sa défaite dans la plaine de Châtons, marqua sa retraite par de cruelles représailles. Il se dirigea sur l’Italie en traversant la Bourgogne ; il livra aux flammes Besançon, Chalon-sur-Saône, Mâcon et Lyon.» Guichenon a aussi raconté ces désastres, en transcrivant le passage suivant, tiré de l’Histoire d’Attila, par Olaus, évêque de Zagrab : Post hoc, Attila, trajedo Rheno, parta insigni victoriœ, multas Sequanorum et Gallios munitas urbes, opibus viribus quœ prœstantes, inter quas lixonium, Vesontionem, Matisconem, Lugdunum, etc., funditus evertit. Le département de l’Ain dut souffrir beaucoup de cette dévastation arrivée en 452. Paradin dit, page 67, que l’évêque de Lyon et une partie de ses habitants s’étant enfuis de cette ville à l’approche de l’armée d’Attila, ce Barbare n’y ayant trouvé presque personne, sa fureur fut augmentée ; il la détruisit entièrement et la brûla. Sidonius Appollinaris parle aussi de la destruction de cette ville. Les mots cités plus haut, trajecto Rheno, indiquent qu’Attila avait été repoussé au-delà du Rhin. Mézerai, tome Ier, pages 219 à 222, ne parle point de l’invasion d’Attila dans la partie orientale des Gaules. Il ne compte que deux incursions faites par ce roi dans le midi de l’Europe : la première, dans les Gaules ; elle finit par le siège d’Orléans et par la défaite d’Attila dans la plaine de Châlons ; la seconde, en Italie, dont il détruisit les principales villes, depuis Aquilée jusqu’à Rome, qu’il épargna. Il est vrai que Mézerai n’indique point la route qu’Attila suivit après sa défaite dans la plaine de Chalons. C’est à l’invasion d’Attila qu’on peut, avec probabilité, attribuer la ruine et l’incendie de la forteresse que les Romains avaient bâtie sur le point le plus élevé de l’emplacement actuel de la ville de Bourg. La ville qui était bâtie dans la plaine, à l’occident de l’église de Brou et sur l’emplacement de cette église, fut aussi ruinée.

Attila à Bourg en Bresse

Il résulte d’un rapport fait en 1816, par une commission de la Société d’Emulation de Bourg, imprimé dans le Journal de cette Société, année 1817, page 281 et suiv., que tous les blocs de pierre qui formaient les piliers de la face orientale de la tour qui était an milieu de cette forteresse , étaient calcinés et noircis ; il y avait à leur base une longue traînée de scories noires, de débris de charbon et de bois pourri. Cela indique que cet édifice avait été attaqué et incendié par le côté du levant. En outre, toutes les gargouilles en pierre qui amenaient l’eau à cette forteresse furent trouvées dressées sur champ; ce qui prouve qu’une force majeure les avait dérangées pour empêcher le cours de l’eau qu’elles amenaient à la forteresse. Ces gargouilles furent recouvertes de terre et oubliées après la destruction de cette forteresse. On ne peut expliquer l’oubli de ces matériaux qu’en supposant que cette forteresse, après sa destruction, resta longtemps dans l’état de ruine où la guerre l’avait mise. Comme elle appartenait au souverain du pays, nul ne s’empara de ces matériaux, et on nivela le terrain par dessus. Lorsqu’avant le XIXe siècle on fouillait le sol sur lequel était la ville romaine, à l’occident de l’église de Brou, on trouvait dans beaucoup de places des couches de cendres recouvertes par une couche de débris de tuiles romaines. Il y avait dans le cabinet de curiosités de M. Riboud, une agrafe ou grande épingle à ressort, de forme romaine, dans laquelle était engagé un os de clavicule humaine. M. Riboud pensait que cet individu, vêtu d’une tunique arrêtée sous le col par cette agrafe, fut écrasé par la chute du toit embrasé de sa maison. On avait trouvé beaucoup de blé carbonisé dans cette enceinte. Cette ville dut être surprise avant que ses habitants n’eussent pu mettre leurs effets à l’abri des recherches des vainqueurs, car tous les débris dont M. Riboud parle dans ses Mémoires n’ont été recueillis que dans le siècle dernier, et on en a dû enlever beaucoup plus pendant les treize siècles précédents. Toutes les monnaies étaient romaines; tous les débris d’ustensiles qui ont été trouvés dans cette enceinte avaient des formes romaines; plusieurs statuettes qui y ont été trouvées représentaient des divinités païennes : cela assigne évidemment à ce désastre une date antérieure au VIe siècle de notre ère. Lorsqu’on a déblayé, en 1816, l’intérieur de la tour de la forteresse romaine dont je viens de parler, on a trouvé au pied des murs une couche de cendres compactes, de dix pieds de long sur près de trois pieds d’épaisseur. On a cru que ces cendres étaient le résultat de l’incendie de la forteresse ; je ne le pense pas. J’ai plusieurs fois remarqué qu’on a trouvé de grandes masses de cendres dans des édifices anciens; j’en ai moi-même trouvé; il est probable qu’on ne connaissait pas alors l’emploi avantageux qu’on pouvait faire de ces cendres, comme amendement des terres, et que soit négligence, soit manque de temps pour s’en débarrasser en les jetant hors des forteresses, on les entassait dans des recoins.

Prise de Lyon

Dès que l’armée d’Attila eut abandonné le département de l’Ain et les pays environnants, les Romains et les Bourguignons se disputèrent de nouveau les ruines qu’Attila avait faites. En 457, le roi des Bourguignons prit la ville de Lyon sur l’empereur Majorien, et la pilla. Cet empereur la reprit peu de temps après. Voici le texte de Mézerai sur cette guerre (page 23o) : « Lorsque Majorien fut nommé empereur en 456, une partie des Gaules et spécialement la Lyonnaise première, avec sa ville capitale, refusa de lui obéir. Gillon, autrement nommé Ægidius, grand-maître de sa milice, réduisit en 457 la Lyonnaise à force d’armes, assiégea et prit la ville de Lyon qui était le centre de cette révolte, et il y mit une grosse garnison. » Gunderic la reprit une seconde fois en 465, ainsi que la ville de Vienne en Dauphiné. Il établit sa résidence principale à Genève. Ce roi partagea en 456 les terres des pays qu’il avait conquis, entre les Bourguignons qu’il commandait et les Romains ou Gaulois qu’il avait vaincus, ou pour parler plus clairement, il prit aux vaincus une partie de leurs terres pour les donner aux vainqueurs. Je crois que cette spoliation ne fut pas générale.

Famine de 472

Il y eut une horrible famine en 472. Saint Patient, archevêque de Lyon, fournit du blé, non seulement à la ville de Lyon, mais encore à d’autres villes. D’ou tirait-il ce blé ?

Partage des conquêtes

M. Weiss appelle Gundioc ce roi que j’appelle Gunderic ; il place la date de sa mort en 476, Guichenon en 472, l’Art de vérifier les dates, en 473. Gunderic avait deux frères dont il avait hérité.

Il laissa quatre fils qui partagèrent entre eux les conquêtes faites par les Bourguignons. Ce partage inconsidéré fut la première cause du peu de durée de la monarchie bourguignonne. Ces quatre frères étaient Gondebaud, Godemar, Godegisèle et Chilpéric, qui était leur aîné et qui conserva une suprématie plutôt nominale que réelle sur ses trois frères. Spon dit que Chilpéric résidait habituellement à Genève, mais qu’il s’en éloignait quelquefois pour séjourner à Lyon. On pourrait conclure de là que le département était, au moins en grande partie, compris dans la portion de royaume échu à Chilpéric dans son partage avec ses frères ; mais ce fait est contredit par d’autres historiens, qui disent que Gondebaud eut, pour sa part du royaume de Bourgogne, les pays qui formaient sous les Romains la province appelée Première Lyonnaise.

J’ai été fort étonné, en lisant l’Histoire de France par Mézerai, de n’y trouver que quelques mots sur les premiers rois bourguignons ; ce n’est qu’à la page 247 qu’il commence à leur donner une place dans son Histoire, en ces termes :

« Les quatre fils de Gondioch, aussi bien que leur père, tenaient leur état des Romains, à condition de service ; ils en tenaient aussi l’administration de la province, laquelle ils gouvernaient avec le conseil des évêques du pays. Ils furent assez fidèles aux Romains, tant qu’il resta quelque image de l’empire, pour ne toucher point à leurs terres et pour s’opposer à ceux qui voulaient y toucher ; mais depuis qu’Orestes eut chassé Nepos, qu’Odoacre eut fait mourir Orestes, et qu’il n’y eut plus d’espérance de rétablissement pour Nepos, ils crurent qu’ils pouvaient secouer tout à fait leur joug et s’approprier les terres qu’ils avaient en garde, puisqu’ils ne savaient pour qui les garder. Alors ils divisèrent la masse de ce qu’ils possédaient... Tout cela ensemble comprenait la Lyonnaise première, la Séquanaise, la Viennoise proprement dite, et les provinces des Alpes. »

Ceux des Bourguignons qui étaient placés chez les Romains en qualité d’hôtes, prétendirent leur enlever une portion de leurs terres ; ils les vexèrent pour les faire consentir à cette cession. Mais en 474, Gondebaud maintînt les Faramans ou Romains dans l’entière possession de leurs terres. Ce roi avait dans son armée un grand nombre de soldats gaulois et romains ; il crut devoir les ménager. (Voyez Chorier, tome Ier, pages 490 et 558.)

Paradin dit, page 75, sur la foi de Grégorius Florentius, page 63, qu’en 476, l’empereur Léon Ier, voulant récompenser l’archidiacre de Lyon, accorda, à sa prière, exemption de tribut à tout le territoire, jusqu’à trois milles de distance autour de Lyon. Paradin dit que cette concession est l’origine de l’immunité du Franc-Lyonnais, On peut douter de ce fait : comment l’emperenr Léon pouvait il donner cette exemption dans un pays qui ne lui appartenaît pins depuis dix ans ?

Guerre de Gondebaud contre Chilperic et Godemar

Vers l’an 477, Gondebaud commença contre Chilpéric et Godomar, deux de ses frères, une guerre qui finit en 480 par la mort de ces derniers, de leurs femmes et de leurs enfants. Deux filles de Godomar échappèrent à ces massacres. Godegesile, le dernier des frères de Gondebaud, avait été son allié. Ils devinrent ennemis lorsqu’il fallut partager les provinces qui avaient appartenu à Chilpéric. En l’a 500, Godegesile se réunit à Clovis, roi des Francs, pou détrôner son frère. Clovis battit Gondebaud, et fit un traité avantageux avec lui. Peu après, Godegesile, mal secouru par le roi des Francs, fut assiégé dans la ville de Vienne par Gondebaud, et il y périt.

Mézerai dit (livre VI, page 15), que Gondebaud fit en outre tuer tous les seigneurs romains et bourguignons qu avaient été du conseil de Godegesile.

J’ai beaucoup abrégé le récit de ces guerres entre ces chefs ou rois bourguignons ; il n’y a aucun fait, dans l’histoire de ces rois, qui soit, même indirectement, relatif an département.

La loi Gombette

En Soi, Gondebaud donna aux Bourguignons et aux Romains qui lui étaient soumis, un code qui tint lieu à ces peuples de lois civiles et criminelles. Ce roi eut anssi, en faisant ce code, l’intention de protéger les Romains contre l’avidité des Bourguignons. Sigismond, fils et successeur de Gondebaud, ajouta, en 518, des lois à celles que son père avait faites. Ce code fut divisé en quatre-vingt-neuf titres et souscrit par trente-deux comtes, tant bourguignons que romains. La coopération de ces derniers à ces lois, prouve que les Romains étaient admis, aussi bien que les Bourguignons, à occuper les premières places dans ce royaume, et que l’union entre les deux nations tendait à s’effectuer. Ce code est connu sous le nom de loi Gombette, nom qui rappelle celui de leur auteur. Le titre XLIV est terminé par ces mots : Dato Amberiaco, in colloquio, sub die tertia mensis septembris, Abieno, v. clar. consule. Il y a eu deux consuls romains appelés Abiénus, l’un en 501, l’autre en 517, en sorte que ces deux dates s’adaptent également avec les dates données par ces historiens pour la rédaction de ce titre.

Deux bourgs ou villages situés dans le département de l’Ain sont appelés Ambérieu. L’un est chef-lieu de canton dans l’arrondissement de Belley. Les historiens ont avancé, sans aucune preuve, que ce code, ou au moins ce 44éme titre, avait été rédigé dans un château appelé Saint-Germain d’Ambérieu situé à moins de deux kilomètres au S.-E, d’Ambérieu. Ils n’ont pas fait attention qu’il est probable que ce château, très important au temps du moyen-âge, n’existait pas encore au VIe siècle.

L’autre village, appelé Ambérieu en Dombes, est situé dans le canton de Saint-Trivier-sur-Moignans. Ce village n’a actuellement d’autre importance que par cinq foires de chevaux. Or, si on fait attention que les assemblées des chefs bourguignons et francs se tenaient toujours dans des plaines, et qu’elles étaient composées de réunions nombreuses de cavaliers, il est probable que le titre 44 de ces lois aura été rédigé pendant une assemblée tenue dans ce village. Il y a aussi à l’occident de la Saône et au S.-E. de la ville d’Anse un troisième village appelé Ambérieu. Cela augmente l’incertitude où nous sommes sur la position du lieu appelé Ambarriacum dans ces lois.

Chorier, dans son Histoire du Dauphiné, a transcrit quelques fragments de ces lois; j’en ai traduit quelques-uns pour donner une idée, quoiqu’imparfaite, de la situation des peuples soumis aux Bourguignons. On verra, par cet extrait, combien, depuis 412 jusqu’en 517, les ravages des Huns et surtout l’influence de la domination des Bourguignons avaient altéré les lois et la civilisation que les Romains avaient apportées dans le département.

Extraits de la loi Gombette

« L’amende ou indemnité pour le meurtre d’une personne noble sera de 150 sols; elle sera de 100 sols pour les per sonnes de médiocre condition et de 75 sols pour celui des personnes de dernière classe. »

Le solidus ou sol était une monnaie d’or; j’essayerai plus bas d’en déterminer la valeur.

«Si quelqu’un donne du pain, ou montre le chemin ou aide à passer une rivière à un fugitif, soit romain, soit bourguignon, il sera obligé de le représenter s’il le savait fugitif. S’il ne le savait pas, il l’affirmera par serment, et n’en sera point alors responsable. »

L’exécution de cet article devait être difficile ; le protecteur du fugitif était-il obligé d’indiquer la retraite du fugitif ou de le ramener lui-même? Le législateur avait oublié de dire quelle peine encouraient ceux qui protégeaient les fugitifs.

« Si on achète d’un esclave, si on lui vend, ou si on fait avec lui tout autre contrat sans en avoir obtenu le consentement de son maître, soit romain, soit bourguignon, or perdra le prix de ce qu’on aura donné. Si on permet à son esclave d’exercer une profession, on est responsable de ses actions à moins qu’on n’abandonne son esclave à celui qui s’en plaint. »

«Les esclaves peuvent être affranchis.. Cet acte sera fait par une déclaration de vive voix ou par écrit, en présence de cinq ou de sept témoins capables de signer cet acte d’affranchissement, ou de déposer qu’il a été fait. »

Il est probable, d’après cet article, qu’il n’y avait alors aucune profession équivalente à celle de notaire. Le mot capable indique ici la capacité civile ; et le législateur ne fait aucune différence entre un acte écrit et signé par les témoins et l’affirmation de ces témoins, s’ils n’ont point dressé acte du contrat ou acte d’affranchissement. Il y avait donc déjà peu de personnes lettrées. Le mot signer indique l’action de faire une marque ou d’apposer un sceau sur l’acte écrit. L’usage de la signature ne remonte dans nos pays qu’au XVe siècle.

«Si quelqu’un réclame, comme étant son esclave, celui ou celle qui aurait joui de la liberté pendant moins de trente ans, le maître devra faire cette réclamation devant les juges qui seront obligés de l’examiner avec toute leur attention, quand même l’esclave n’aurait trouvé aucun défenseur. »

«Si un esclave prétend avoir droit à la liberté, il sera lié et exposé sur la place publique ; s’il ne se présente personne pour prendre sa défense, il sera rendu à son maître; on n’écoutera pas ses raisons.»

« Si un esclave a été vendu par son maître dans un pays étranger, et s’il revient dans le pays il y deviendra libre; son ancien maître ne pourra prétendre sur lui que le droit de patronage. »

On voit, par ces quatre articles, qu’il y avait déjà une tendance à l’affranchissement des esclaves.

«Si un juif frappe un chrétien avec la main ou avec le pied, avec un bâton, ou avec une pierre, ou s’il le prend aux cheveux, il aura le poing coupé. Il pourra racheter sa main au prix de 75 sols qui seront payés à l’offensé. Il payera en outre au prince une amende de 12 sols. »

Ainsi ces Bourguignons, nouveaux chrétiens, avaient déjà appris à faire peser sur les juifs la malédiction portée contre eux. Ce prix du rachat de la main était énorme. On ne l’aurait pas élevé à une somme aussi forte, si les juifs n’eussent été alors riches. Chorier n’a transcrit aucun article qui fut relatif à la peine a infliger au juif qui aurait frappé un païen. N’y avait-il plus de ces derniers ?

« Si un juif frappe un prêtre, il sera puni de mort et ses biens seront confisqués. » Au profit de qui ?

Une religieuse, qui avait deux frères, jouissait de l’usufruit de ses biens paternels et maternels. A la fin de cet article, Le souverain limite la faculté d’acquérir, qui était tolérée en faveur du clergé. Il y a dans le texte de cet article qui est écrit en mauvais latin des obscurités qui m’ont empêché de le traduire en entier. D’autres articles règlent les conventions relatives aux mariages. Au moment du contrat de mariage, le mari et la femme s’achetaient mutuellement. Le prix de la femme, si elle était d’une condition relevée, était de 300 sols; celui du mari était de 150. Dès que ces deux sommes étaient payées, les deux parties ne pouvaient plus rompre leur engagement. La loi prononçait la peine de mort contre l’infracteur de cette obligation.

Si un Bourguignon épousait une fille sans le consentement de son père, le mari payait à celui-ci 150 sols, plus, au souverain, une amende de 36 sols. Si le père était un leude (homme d’une classe élevée parmi les Romains), l’indemnité qui lui était due n’était que de 45 sols, et l’amende due au roi n’était que de 12 sols. On voit par là quelle était la différence que les conquérants mettaient entre eux et les vaincus.

« Si un Bourguignon ou Romain n’avait point de forêt, il pouvait couper dans les forêts de ses voisins, pour son usage seulement, soit du bois mort, soit des arbres qui ne produisaient point de fruit. » (Article Ier du titre XXVIII.) On doit conclure de cet article que le pays était très-peu peuplé, puisque le bois n’avait presqu’aucune valeur. Quelles étaient les espèces d’arbres comprises sous cette dénomination, arbre à fruit ?

« Si quelqu’un coupe un arbre à fruit dans la forêt de son voisin, sans sa permission, il paiera au maître de la forêt autant de sols d’or qu’il lui aura coupé d’arbres à fruit. Nous ordonnons que la même amende soit payée par celui qui aura coupé des pins ou des sapins dans la forêt de son voisin.

Si c’est un esclave qui a coupé le bois induement, il sera fustigé et son maître ne sera point recherché. »

Collet dit (page 387 de ses Commentaires sur les statuts de Bresse) que dans le titre 4 de cette loi, les esclaves sont estimés 25 sols, les meilleurs chevaux 10 sols, les cavales 3 sols, les bœufs 2 sols, une vache, ou un porc, ou un mouton, ou une ruche d’abeilles, 1 sol ; une chèvre le tiers d’un sol ou une tremisse.

Ce sol était le sol d’or. Observons que les améliorations des races par leur croisement et par les soins, l’art d’engraisser les bœufs et les porcs, ne devaient pas exister dans ces temps de troubles et de malheurs continuels. Observons que des forêts immenses et leurs clairières favorisaient la multiplication des porcs maigres et des vaches, et juments d’espèces communes. Or, aujourd’hui un cheval de qualité médiocre vaut 600 francs, un beau bœuf maigre 240 francs, une vache d’espèce ordinaire 120 francs ; or 120 francs représentent aujourd’hui six hectolitres de froment; le sol d’or avait donc à peu près cette valeur. Les moutons sont estimés très chers dans ce tarif, ainsi que les abeilles. Les montons étaient donc rares et le miel très recherché, car il devait être commun.

Les fragments de ces lois suffisent pour faire voir l’inexpérience ou la précipitation de leurs rédacteurs. On n’a point indiqué les dimensions des arbres à fruit, ni leurs espèces; on n’a point indiqué les dimensions des pins et des sapins qui y sont nommés, en sorte qu’on ne sait pas quelle grosseur devaient avoir ces arbres, pour que le tort fait à leur maître valût la peine d’être réparé. Le chêne, le charme, le hêtre et d’autres arbres ne sont pas nommés dans ces lois. Cependant un beau chêne devait valoir plus qu’un pin du même âge. Quelle est la cause de cet oubli ?

Gollut a donné un court extrait de ces lois, page 223 de son Histoire de la Franche-Comté.

Clovis, Gondebaud et son successeur

Carte de la gaule en 511

En 515, le consentement de Clovis, roi des Francs, fut jugé nécessaire pour autoriser la fondation d’un monastère à Agaunum (Saint-Maurice en Chablais). Ce roi, par suite des guerres qu’il avait eues contre les Bourguignons, avait acquis une suprématie sur les pays qu’il avait conquis, et avait réduit Gondebaud, leur roi, à être en quelque sorte son vassal.

Dom Plancher, historien de la Bourgogne, a nié, peut-être à tort, cette supériorité.

Gondebaud pour assurer, après sa mort, la royauté à son fils aîné, Sigismond, le fit couronner à Genève en 514. Ce roi mourut en 516 ou en 517, l'année du Concile d'épaune.

Il y eut cette année là un synode à Lyon

Guerre des enfants de Clovis contre les Bourguignons

Les enfants de Clovis se réunirent pour s’emparer du royaume des Bourguignons. Sigismond, successeur de Gondebaud, fut fait prisonnier par les troupes de Clodomir, l’un des rois francs. Il périt en 514, ainsi que ses enfants. Godemar succéda à Sigismond, son frère. Les enfants de Clovis continuèrent la guerre contre les Bourguignons. Clodomir un des rois francs, fut tué dans une bataille qui fut livrée dans un lieu appelé Vezeronce situé entre Vienne et Belley. Il paraît, malgré l’assertion des historiens francs, que le résultat de cette bataille fut avantageux aux Bourguignons qui eurent encore quelques années de paix.

Vezeronce est un petit village du Dauphiné à une lieue et quart au N.-O. de Saint-Chef. Il y a, dans le département, au N. de Seyssel, un petit ruisseau appelé Vezeronce.

Les rois francs, Clotaire et Childebert, recommencèrent la guerre contre Godemar. Ils finirent par l’assiéger, en 532, dans la ville d’Autun. Les uns ont dit qu’il s’évada de cette place, s’enfuit en Espagne, d’où il passa en Afrique chez les Vandales. D’autres, qu’il fut fait prisonnier et passa le reste de ses jours enfermé dans une forteresse. Ce trait d’humanité n’est guère probable. Il est certain qu’en 534 le royaume de Bourgogne était irrévocablement conquis par les rois francs.

J’ai raconté très brièvement l’histoire des rois bourguignons, parce qu’elle ne contient aucun fait particulier au département de l’Ain.

J’ai consulté, pour l’histoire de ces rois, cinq auteurs :

Guichenon, Dom Plancher, Garreau, l’Art de vérifier les dates et M. Weiss. Ils ne sont pas d’accord entre eux sur leurs noms, l’époque de leur mort et sur plusieurs faits de leur histoire.

M. Delandine a dit, dans un Mémoire que j’ai déjà cité que la ville de Lyon était, au temps des Romains, entièrement environnée par le Rhône et la Saône. Cela ne peut s’entendre que de la partie basse de cette ville.

« Ce ne fut, dit-il, que sous la domination bourguignone que les Lyonnais, pour étendre leur cité au nord, comblèrent un vaste canal qui unissait ces deux rivières. Ils formèrent ainsi la place des Terreaux, ainsi appelée du nom des anciens fossés qui bordaient ce canal. (Un fossé est encore appelé, en patois bressan, terré») La rue des Ecloisons, qui en est voisine, a pris son nom des écluses qui y étaient placées. »

Ce fait, s’il est exact, me servira plus tard à retrouver la limite qui fut, en cet endroit, tracée entre l’empire et le royaume, lors du partage fait en 843.

11 est, cependant, constant qu’il y avait des constructions romaines importantes sur la pente méridionale du coteau de la Croix-Rousses.

Sources"RECHERCHES HISTORIQUES SUR LE DéPARTEMENT DE L’AIN." par M. A-C.-N.DE LATEYSSONNIèRE. (1838)